Vos Lettres – Concours Wattpad 1/2


Concours / mardi, juin 12th, 2018

Bonjour à tous ! On se retrouve pour les productions que nous avons eu le plaisir de lire lors de la première épreuve du concours organisé en partenariat avec les Éditions de la Caravelle : nous parlons bien sûr de vos lettres !

Nous avons fait le choix de ne publier que les lettres sélectionnées.

Les critères utilisés étaient d’une part le respect des thèmes imposés (excuses, agressivité, humour), la qualité de langue et ainsi que notre ressenti de lecteur.

Sans plus attendre, voici les cinq premières lettres dans l’ordre décroissant d’arrivée (la lettre reçue en dernière jusqu’à la première)

La dépression n’a ni de visage ni d’humeur. – Talinda Bennington  

Adam,

Je suis en colère. En colère contre toi, pauvre petite merde arrogante… Tu étais décidément bien trop égoïste. Tu avais tout pour toi, abruti ! Tu avais tout pour plaire.

Ma main tremble d’une rage noire que je peine à contrôler alors que je t’écris ces mots. Tu n’avais aucune raison de partir, espèce de lâche. Oui, je te le crache à la gueule : tu es sans cœur. Sans cœur !

Tes amis ? Tu t’en foutais. Tes amis, ils étaient indignes de ton intérêt. Comment as-tu osé les traiter de la sorte ? As-tu pensé à Pino ? Et moi ? Qu’est-ce que je deviens ? Tu es parti sans regarder en arrière. Tu n’as pensé qu’à ta belle petite gueule d’ange couronnée de gloire et parsemée de paillettes ! Après tout, le roi prend ce qu’il veut sans ne rien donner en retour. C’est ainsi, n’est-ce pas, Adam ?

Ton état t’a amené six pieds sous terre et moi, je suis perdue dans un flot d’émotions, les larmes à fleur de nerfs.

C’est con, n’est-ce pas ? D’être issu de mon imagination. Telle une marionnette, je décidais de ta vie, de tes choix ; et je viens t’en faire le reproche. Je suis une gamine capricieuse qui se mets en colère après avoir cassé son propre jouet. Si tu possédais un libre-arbitre, tu aurais sans doute pris un air ahuri plein de prétention. Avec ton putain de sourire condescendant, tu m’aurais fait fondre comme une de tes stupides groupies remplie d’intentions, et une partie de moi aurait rougi d’humiliation.

Mais ce qui est écrit est écrit, non ? Après tout, le mal a gagné et si tu as agis de la sorte, c’est que tu jugeais nécessaire de le faire.

Les sens-tu, ces maudits asticots ? Ceux qui traversent ton squelette bientôt dénué de peau ? Ils sont bons les pissenlits que tu es en train de bouffer par la racine ? Ils n’ont pas trop le goût de Xanax, de Stilnox ?

Tu rirais ! Enfin, pas vraiment, puisque tu es mort et que tu n’as existé que dans ma tête, mais je pense que tu te bidonnerais bien : Je ne comprends pas vraiment ton choix ! Tu éprouvais de l’amour, tu te délectais de l’admiration que la foule te témoignait.

Et ton public ? Il t’adorait, autant pour tes forces que pour tes faiblesses ! Il respectait ton stress de la scène, tes crises d’angoisse. Tes fans t’auraient suivi jusqu’à en perdre leurs souffles.

Alors pourquoi ce geste ? Une envie de copier Janis Joplin ? Ou Amy Winehouse ? Tu as raté le club des 27, tu sais.

Bien que tu ne sois plus là, j’aimerais que nous nous rappelions qu’au moyen de ma plume et de mon inspiration, je t’ai fait vivre des moments plaisants. As-tu le moindre souvenir, lorsque je t’avais fait courir autour de cette voiture au moment où Pino voulait que tu te rendes à une interview, alors que tu n’en avais rien à faire ? Tu étais hilare ce jour-là, lui était furieux.

Et cette interview aux mains de ce journaliste ? Tu avais été obligé de jouer ton propre rôle. Les fanfictions mal écrites de tes admiratrices avaient presque fêlé tes côtes. Tu avais éclaté de rire.

Sans oublier la satisfaction que tu éprouvais à lancer des pics à ton meilleur ami, George. Même s’il te le rendait bien, tu continuais encore et encore. En partie, tu leur dois, à lui et ton groupe, ton succès retentissant. Tu as même joué au Madison Square Garden, la salle dont tu rêvais étant petit.

Alors pourquoi Diable n’as-tu demandé aucune aide ? Tu disais :  » Laisser tomber n’est pas difficile, c’est de prendre la décision de le faire qui l’est. Le reste va tout seul”. Effectivement, le reste va tout seul, tu es parti en un claquement de doigts.  Je n’ai pas su contrôler ni ta peine, ni ton désir de mourir.

Tu étais dépressif, Adam. Devrais-je t’en vouloir de l’avoir été ? Et pourquoi ne pas te reprocher mes autres choix insensés tant que j’y suis ? Est-ce de ma faute ?

Tu étais alcoolique, Adam. Pourtant, tu les combattais, tes démons, comme David combattait Goliath. Lequel était accompagné de Dieu alors que moi, je jouais contre toi. Je l’admets. C’est indéniablement de ma faute.

Au final, tu avais tant de raisons de partir, tant de tourments qui t’ont fait souffrir. J’ai réduit tes espoirs en cendre, au long des six cent vingt-quatre pages de ton histoire. Une vraie sociopathe, quand j’y repense.

Je t’ai créé. Je t’ai fait suffoquer. J’ai enlevé tes repères les uns après les autres et, pourtant, tu as essayé avec difficulté de garder les pieds sur terre.

J’ai enterré ton avenir, t’ai imposé une addiction. J’ai laissé les autres te détester, j’ai même fait crever ta mère et, tu as tout de même maintenu la tête hors de l’eau.

Mais j’avais cette éternelle envie d’encore. J’étais sans remord. Je devais aller jusqu’au bout, tu comprends ? Alors je t’ai suicidé.

Seulement, aujourd’hui, par cette lettre, j’aimerais m’excuser. Ô, je suis tellement désolée, Adam, même si cela te fait une belle jambe, maintenant.

vain contre moi, ton auteure. Comme tous ces artistes qui luttent désespérément contre le système. Sais-tu que tu fais partie de ces martyrs qui représentent 800 000 décès par an dans le monde ? Soit une personne toutes les 40 secondes. Tu n’es pas le seul, Adam. Ce monde n’était simplement pas pour toi, il n’était pas le tien.

Quoi qu’il en soit, pour moi, tu resteras à jamais gravé dans mon cœur et dans ma mémoire, car, grâce à toi, j’ai pu exprimer mes émotions ; grâce à toi, je vais mieux. Tu as été ma thérapie ; tu as été mon meilleur ami-ennemi.

Alors gardons la tête haute, sourions, ne sombrons pas dans le chagrin, car le tien n’a plus de lendemains.

À toi, à l’éternité,

Nikkih

Matt,

 

Aujourd’hui, j’ai eu la soudaine envie de t’écrire, de me livrer enfin à celui à qui je pense, très souvent, alors même que je suis plongée dans mon quotidien. Au fond, tu es toujours là, avec moi, partout où je vais. Où que je sois, je pense à ce que tu vis et à ce que tu t’apprêtes à vivre.

D’ailleurs, si on croit connaître ses personnages par cœur, je me rends compte que ce n’est pas tout à fait juste. Certaines facettes de toi me sont encore mystérieuses, comme inaccessibles. Une partie de toi reste dans l’ombre. Mais n’est-ce pas magnifique, pour un auteur, de découvrir son personnage au fur et à mesure des pages, de ne pas tout savoir de lui, de se laisser surprendre au fil des chapitres ? Moi-même, ainsi que mes lecteurs, connaissons surtout le Matt hypersensible, celui qui nous touche en plein cœur, mais aussi le Matt qui nous fait rire avec sa maladresse. D’ailleurs, tu devrais peut-être songer à te lancer dans une carrière d’humoriste : pourquoi pas devenir comédien, clown, ou député tiens ? Non, sérieusement, je sais qu’un rien te fait bégayer de panique, mais il n’empêche que tes gaffes à tout bout de champ, associées à ta naïveté, font de toi quelqu’un de très drôle, un comédien à ton insu en somme, qui fait rire malgré lui. Il faut bien se l’avouer, tu es le seul mec capable de demander où se trouve le mur de Berlin ou de réfléchir à la couleur du cheval blanc de ton cousin. Mais n’en aies surtout pas honte, parce que c’est ce qui te rend si attachant.

Bon, je m’égare : revenons en à l’objet de ma lettre. Je tenais tout d’abord à m’excuser profondément de la vie que je te fais mener. Tu dois, chaque jour, être toujours plus fort pour supporter ce qui t’attends, ce que je t’inflige. Mais, tu sais Matt, je ne fais pas ça par plaisir, par jouissance de te voir souffrir. Oh non, bien au contraire ! Mais il devient urgent que quelqu’un parle à tous ces jeunes qui découvrent le sida, aux parents qui ne savent pas comment éloigner leurs enfants de la maladie et pour ceux qui l’affrontent chaque jour. Et aussi pour tous ceux qui pensent encore que le sida n’est réservé qu’aux « sales pédés ».

Tu n’imagines pas à quel point je suis dégoutée de voir toute cette discrimination qui continue d’exister envers des personnes comme toi. Des personnes malades. Des personnes innocentes. Pourquoi autant de haine ? Dis-moi, pourquoi ? Pourquoi certains se donnent le droit de harceler, de mépriser, de détruire quelqu’un qui ne leur a rien fait ? Pourquoi pas de la bienveillance, de la tolérance, du soutien ? C’est si compliqué d’être empathique ? Et, cette rage, il me faut l’extérioriser, l’expulser hors de moi. Si, si, c’est mon psy qui l’a dit ! Et toi, tu sais mieux que personne comment donner du sens à cette colère, la rendre audible, la rendre utile.

Tu vas me dire que j’aurais pu le faire moi-même, mais, contrairement à toi, je pense que j’aurais manqué de courage. Et puis franchement, quel cinglé voudrait s’infliger de telles souffrances ? À part peut-être Deadpool. En tout cas, moi, j’en aurais été incapable : j’ai déjà l’impression de vivre mes dernières heures quand je me cogne le petit orteil contre le pied du lit.

Avant de te quitter, pour te prouver à quel point je te suis reconnaissant pour tout ce que tu fais, je vais te faire deux confidences. Premièrement, et sans te spoiler sur ta vie, je peux te dire qu’il te reste encore de belles choses à vivre, des choses qui valent la peine que tu te battes au quotidien. Deuxièmement, je vais faire tout mon possible pour que tu sois récompensé pour ton combat. Je ne te promets rien, mais je verrais bien un prix Goncourt ou un Pullizer.

Il est maintenant temps de te quitter, Matt. Bon courage à toi. Sois grand, sois fort, sois audacieux pour défendre cette cause, mais reste toi-même, car nous t’aimons tel que tu es.

 

Manon, ta plus grande fan

Chère Kalypso,

Je te vois déjà grimacer devant cette lettre à la simple vue de ton nom complet, mais ne prends pas la mouche tout de suite, tu veux ?

Vois tu, je suis ta créatrice, alors à l’image de ta mère, je pense avoir gagné le droit de t’appeler comme je le veux…non ?

Ah ! Je t’imagine déjà paniquer, tourner en rond dans ton minuscule appartement ta lettre à la main, en répétant en boucle « comment ça, ma créatrice ?! ».

Respire et assieds-toi.

Ne t’en fais pas, tu oublieras probablement tout ce que je vais te dire à la minute où tu auras fini de lire, ça ne bouleversera pas ta vie (enfin, pas plus qu’elle ne l’est déjà… ), je te le promet.

Pour tout t’avouer, on m’a un peu forcée à t’écrire… Mais je pense que ce petit échange pourra être thérapeutique. Bon, tu ne t’en souviendras pas, mais moi oui, alors ça me fera peut-être du bien, qui sait.

Et ne commence pas à me traiter d’égoïste, je te vois venir hein ! Je ne suis peut-être pas maîtresse de tous tes faits et gestes, mais c’est quand même moi qui t’ai imaginée à la base ! Je reste capable de deviner comment tu vas te comporter… Ta personnalité est ce qu’elle est, c’est moi qui l’ai voulu ainsi, mais ce n’est pas pour autant que j’apprécie cette sale manie que tu as de ruer dans les brancards à chaque fois que quelque chose ne te convient pas ! Donc, parce que je le veux, tu vas te taire cinq minutes et te contenter de lire ma lettre comme une adulte raisonnable. Eh oui, pas de bol, c’est moi qui commande.

Pour en revenir à ton nom, je suis désolée s’il ne te plaît pas, et j’aimerai pouvoir te dire que je n’avais pas vraiment le choix… Mais c’est en fait un peu le cas.

Vois-tu, il a fallu négocier avec ta mère…

Oui, certes, je l’ai créée aussi, mais à partir du moment où elle est apparue dans ma tête, excentrique et incroyablement têtue avec ses châles, ses longues robes amples et ses quinze mille grigris, j’étais pieds et poings liés…Crois moi, je n’ai rien pu faire ! Mon imagination est parfois plus forte que moi… Quoi qu’il en soit, elle n’aurait jamais accepté quelque chose d’aussi commun que Marie ou Jeanne…

J’ai essayé, je te jure que j’ai essayé. Mais elle a menacé de quitter l’histoire en claquant la porte, et j’aime bien ta mère… Alors j’ai cédé…

Allez, ne ronchonne pas, j’ai fait de mon mieux… Et puis c’est joli Kalypso, ça sonne bien, c’est chargé d’histoire… Et les diminutifs ne sont pas si horribles, si ?

Je ne rejette pas entièrement la faute sur ta mère, comprends moi bien. Mais je dois avouer que je me suis laissée influencer, et j’ai fini par être convaincue. Kal, Kaly, moi j’aime bien. C’est un bon compromis on va dire.

Je crois qu’on ne sera jamais d’accord sur ce point…tant pis. C’est trop tard maintenant, ton nom fait partie de toi, et je pense sincèrement que tu ne serais plus tout à fait la même si je t’appelais autrement. Je ne changerai pas d’avis, alors fais toi une raison.

En parlant de se faire une raison, j’aimerai bien que tu reprennes un peu du poil de la bête. Je veux dire, certes, nous en sommes à une étape de l’histoire pleine de coups durs et de révélations, et je veux bien comprendre que ça ne doit pas être facile à avaler pour toi… Mais je t’ai façonnée pour que tu sois capable de traverser cette épreuve, alors arrêtes donc un peu de pleurnicher, je sais que tu peux t’en sortir si tu te secoues !

Je veux bien te l’accorder, c’est ma faute si tu te retrouves dans cette situation, et toutes mes excuses si je n’ai pas fait de toi une Wonder Woman bravant épreuve après épreuve sans frémir d’un cil.

Ça aurait certes été plus simple…Mais quel ennui ! Tu as tout à fait le droit de me traiter d’égoïste sur ce coup là, mais je préfère largement te voir te débattre avec tes misères et tes émotions, parce que crois le ou non, je suis convaincue que tu en ressortiras grandie. Et je sais pertinemment que tu vas t’énerver si je dis ça, mais je vais le dire quand même…C’est pour ton bien.

Estime-toi heureuse, je n’ai pas fait de toi une héroïne dramatique au passé larmoyant et torturé, ça aussi ça me gonfle un peu sur les bords…

Tu es pour moi comme une enfant gâtée, naïve et un peu trop superficielle. Une de celles qui n’a jamais vraiment connu la douleur, rien d’autre que son petit cocon de bonheur chaud et placide. Je pense qu’on ne s’entendrait pas très bien si on se rencontrait, en vérité. Ton nid douillet t’aveugle et t’étouffe, tellement présent qu’il t’empêche de te rendre compte de ta chance. C’est probablement pour ça que tu ne peux pas te retenir de te plaindre en permanence… Et je dis ça en toute affection.

D’ailleurs, je pense que tu devrais faire un peu plus attention à Kilian. Le bougre a une patience infinie avec toi, franchement je ne sais pas comment il fait… À sa place, ça ferait longtemps que je t’aurais enfermée au fond d’une cave ou d’un placard pour que tu me foutes la paix !

Mais méfies toi, si tu t’appuies sur lui, il a aussi ses limites. Essaies de ne pas trop tirer dessus.

Reprends-toi avant qu’il ne soit trop tard, tu ne peux pas passer ta vie à gémir en attendant qu’on vienne te sauver.

Que ça te plaise ou non, je ne le permettrai pas. Appelle-moi Tyran si ça te chante !

Soyons honnêtes Kalypso, personne n’est parfait.

Je préfère te savoir trop émotive, geignarde et capricieuse .

Je préfère te donner un nom que tu trouves ridicule, et te voir grimacer comme une ado mal embouchée à chaque fois que tu l’entends.

Je préfère te voir hurler et pleurer, parce que le moment venu, ton rire n’en sera que plus beau.

Je te préfère humaine, tout simplement, à patauger comme tout un chacun dans la marre gluante de ses sentiments.

J’aimerai pouvoir faire plus pour toi, mais il va falloir que tu te débrouilles avec les armes que je t’ai donné, comme tout le monde. Traverser tes aventures avec ton courage, parce que je sais qu’au fond tu en as, et surtout, surtout, ton humanité. C’est la beauté de la chose, et j’espère sincèrement que mon travail d’auteure lui rendra justice.

 

À la revoyure dans mes pensées,

Bien à toi,

Ta créatrice.

 

Ghislain,

Aujourd’hui, c’est à toi que ma plume s’adresse. Je t’ai pensé, créé, modelé à ma façon, selon mes propres lois, et pourtant je ne t’ai jamais parlé directement. Peut-être parce que c’est un peu étrange ? Je t’écris comme si j’écrivais à une partie de moi, car c’est ce que tu es, et je crois que ça me fait peur.

Ton existence au sein de mon histoire, de ton histoire, n’est pas reluisante. J’aimerais pouvoir te dire que je m’en excuse, mais je ne suis pas sûre de la véracité de ces propos. Cependant, il y a certaines choses que je dois t’avouer, et notamment le fait que tu es sorti de nulle part. Vraiment. Au sens littéral du terme.

Je n’avais pas du tout prévu que tu existes, ou vaguement puisque Charly devait bien avoir un père. Mais ça s’arrêtait là. Je n’avais pas décidé de chemin précis pour toi, tu n’avais pas de destin exceptionnel ni même de raison de faire parler de toi. Pourtant, dès lors que tu es entré dans l’histoire, tu y as pris une cruelle importance. Tu es arrivé avec tes grands sabots et tu as bouleversé tous mes plans. Ce roman est le premier que j’écris, et je souhaitais me contenter d’une romance légère et humoristique sur une jeune femme qui trouve l’amour. Mais plus j’écrivais, et plus tu t’es immiscé dans l’histoire pour m’informer, avec un ton condescendant, que tu n’approuvais pas le moins du monde l’orientation de ta fille. Comme si ça pouvait te faire quelque chose, tu n’es qu’un personnage créé de toute pièce ! Et pourtant tu as réussi à me blesser comme tu as blessé Charly toute son enfance. Alors à mon tour, je t’ai regardé de haut, et je t’ai rendu la pareille.

Il y a de nombreuses choses que tu ignores. À propos de toi, mais aussi de Charly. Certaines que je ne connais pas moi-même, mais d’autres dont je devrais peut-être te parler… Dois-je te prévenir du revers de médaille que tu t’apprêtes à recevoir en pleine figure ? Dois-je me concentrer sur le passé que je t’ai infligé, ou sur ce caractère que je t’ai façonné ?

Bien… Mettons-nous d’accord d’emblée : je ne t’aime pas. Et je suppose que tu ne dois pas tellement brûler pour moi non plus, mais ça ne me fait rien. Même pas un petit pincement au cœur, je t’assure ! En fait, c’est mieux comme ça. Ça n’aurait jamais marché entre nous, on le voit d’ailleurs bien dans ton histoire. Mais laisse-moi t’en conter une autre, d’histoire. Celle qui a fait de toi ce que tu es.

Je t’ai dit que tu n’étais pas prévu, et c’est vrai. Tu es arrivé comme un cheveu sur la soupe avec ta haine et ta rancœur, et je n’ai rien fait pour te restreindre. Au contraire, je t’ai poussé jusqu’à être un parfait connard. Parce qu’on ne va pas se mentir, tu n’es rien d’autre que ça dans mon histoire. Un père qui a attendu un petit garçon pendant neuf mois pour se retrouver avec une fille à la naissance. Une fille ! Alors que tu en avais déjà une, alors que tu te voyais déjà jouer au foot avec ton bambin et lui apprendre la mécanique. Tu projetais à peu près tous les clichés imaginables et possibles des stéréotypes de genre sur ton enfant à naître. Rien que d’y penser, j’en ai des haut-le-cœur.

Tu n’étais censé être personne dans mon histoire, mais tu es devenu la voix de tous ces pères qui bousillent la vie de leurs enfants, car ils ne sont pas à la hauteur de leurs espérances. Tu es devenu la voix de tous ces parents qui renient leur progéniture, car leur amour ne répond pas à la norme d’une société patriarcale dans laquelle tu te complais. Tu es devenu la voix de la haine qui se répand comme la gangrène. Tu es devenu la voix que je devais absolument faire taire ! Mais en essayant de te reléguer au plan du personnage que les lecteurs se contenteront de mépriser, tu es presque devenu la raison d’être de mon roman. Ironique, non ? Ce qui était censé raconter une simple ballade amoureuse s’est transformé en vecteur de lutte sociale pour exposer les travers de l’homophobie.

J’ai toujours voulu écrire en faisant passer un message, c’était quelque chose qui me tenait à cœur. Et mon message, c’est toi qui me l’as amené. Mon histoire serait donc une tentative de redonner espoir aux jeunes femmes — mais pas que — bousillées par une société se tuant à les rendre malades quand elles ne veulent qu’aimer. Si un traitement était véritablement à prescrire, ce serait plutôt à la société elle-même que je l’administrerais.

Mon histoire est devenue le drapeau blanc de l’homosexualité. L’histoire de ta fille qui se libère de ton emprise nocive alors qu’elle n’avait même pas conscience de celle-ci. L’histoire de choix qui ont des conséquences, de rencontres qui permettent de se remettre en question — merci Chloé et son éternelle sagesse !

Alors voilà, Ghislain. Cela va peut-être te paraître étrange, mais merci. Merci d’être l’ordure qui donne toute la valeur à mon histoire. Et si j’ai une excuse à te faire, c’est celle-ci : tu aurais pu être n’importe quel personnage, alors je suis profondément navrée que tu n’aies pas obtenu un meilleur rôle. Mais dis-toi qu’au fond, c’était peut-être ça ton destin, donner du sens à mes écrits.

Bien à toi,

Victoria Arroyo

Cher Tristan,

J’ai longuement hésité avec le Borloc, mais finalement c’est à toi que je ressens le besoin de me confier. Oui toi, parce que tu es le plus gros de mes doutes. Tu avances sans que je sache où tu ailles, tu entraines Lia avec toi mais je ne sais pas si tu es bon, ou mauvais. Certains jours je t’apprécie, et j’ai même un peu de compassion pour toi – mais je t’arrête tout de suite, ils sont rares ces jours là -, j’ai l’impression que tu vas m’épater, que tu vas te révéler… Mais rien ne se passe, tu restes passif, dans le cliché du parfait sauveur. Mais ne te méprends pas, personne ne croit à ton petit jeu, tu n’as qu’à aller voir ce que les lecteurs pensent de toi : PERSONNE NE T’AIME. Et ce ne sont pas des haters. Quoi, tu ne comprends pas ce que ce mot signifie ? Pour t’expliquer, moi je n’aime pas spécialement la moquette au mur, bon, je ne passe pas ma vie à la critiquer envers et contre tout, j’essaie de prendre en compte que ça peut être sympas l’hiver pour garder la chaleur d’une pièce par exemple; et bien les haters, c’est le contraire. Mais je m’égare, je te disais donc que tu n’étais pas porté dans le coeur de grand monde, et du mien non plus finalement. Tu me répondras que je suis une mère horrible, et tu auras certainement raison. Mais peux-tu seulement me reprocher cette pensée quand tu es si mystérieux ? Alors par tous les saints, dévoile- toi, fais quelque chose, même une bêtise, deviens méchant, tue quelqu’un, abandonne Lia, rend là aux Maréchaux mais par pitié AGIS ! Je n’en peux plus de ta transparence, de ton « non statut ».

Pas plus tard qu’il y a deux semaines, j’entendais Jason te traiter de coquebert et de boursemolle. Coquebert, sérieusement ? Mordiable – ça veut dire merde – il va falloir que tu penses sérieusement à te réveiller, tu deviens la risée de toute la Communauté ! Même les Ribaudes – ça veut dire Puterelle, qui veut dire… Enfin je pense que tu as saisis l’idée – ont pour image de toi celle d’un édamame impossible à éplucher. Tu sais ce qu’on fait de ces fèves là ? On les jette !

On dit que l’indifférence est la meilleure des vengeances, est-ce que tu essaies de te venger de moi Tristan ? Pour ne pas t’avoir assez aimé, ne pas t’avoir donné ta chance dès le départ, ne pas t’avoir accordé assez de temps et t’avoir seulement posé dans les sillons de ma douce Iclite ?

Ça me fait du mal tu sais, au fond que tu ne te présentes pas à moi. Mais si seulement tu me laissais le temps, je te promets que ton destin tu l’auras, je l’imagine au quotidien et je sais que tu deviendras quelqu’un. Je te promets qu’on se rappellera de toi, il faut juste que tu y crois, toi aussi.

Tu comprendras certainement que je tente de faire amende car je ne peux m’empêcher de me rejeter la faute dessus. Mais bordel, pourquoi c’est aussi simple avec tous les autres ? Même Jason qui est mutique, pas franchement aimable et bien réservé, même lui se livre à moi. J’aimerais que tu fasses de même, je veux apprendre à te connaître.

Qu’est-ce que tu aimes ? A part ta grand mère et les chevaux ? Ton épicerie te manque ? Est-ce que c’est dur pour toi de ne pas avoir de parents, qu’est-ce que tu sais d’eux ?

Et puis même physiquement, je ne sais pas trop comment tu es finalement: un blond aux yeux verts, c’est tout ce que tu me laisses voir. Tu imagines la corvée pour te faire voir aux autres ?

Mais je vais te dire mon cher Tristan, aujourd’hui je suis un peu fatiguée. Alors oui, tu as certainement eu des débuts chaotiques, et c’est de ma faute – ne ris pas trop devant mes tentatives ridicules pour exprimer mon regret – mais au bout d’un moment il va falloir te sortir les bottes du foin ! Est-ce qu’il t’arrive de rire parfois ? Non parce que personnellement autant les cinq premiers chapitres où tu étais là ça allait, mais depuis que t’es arrivé à Humelac, merci au revoir. Tu ne sers à rien bon dieu, tu ne fais qu’être là quand Lia a besoin de toi, ou justement ne pas être là. Je sais pas tu pourrais batifoler dans les chaumières, te créer des problèmes, te battre, ouvrir ta propre échoppe de voyant, tu es Amarant bon sang, tu es sensé parler avec les morts ! Et non, monsieur passe sa vie dans son écurie. D’ailleurs, es-tu vraiment à l’écurie ? Je ne sais pas finalement, est-ce que tu me caches quelque chose ? Est-ce que tu complotes secrètement pour faire échouer la mission de Lia ?

Ou alors t’es vraiment un passionné de chevaux et tu préfères leur compagnie à la mienne. Peut-être qu’à eux tu leurs parles au moins, je devrais songer à avoir une petite discussion avec eux… Et puis quand tu pars pendant plusieurs jours, voire des semaines, je ne sais pas envoie moi des nouvelles non ? Les pigeons ça sert à faire beau dans le ciel peut-être ? Au moins pour me rassurer, me dire que tout va bien, ou au contraire que tu as déclenché ton plan machiavélique et que les foudres des Maréchaux vont s’abattre. Même mon chat est plus actif que toi, et quand je te dis que je l’ai appelé « La Poste » c’est qu’il ne bouge pas beaucoup !

En fait, j’aimerais que tu me surprennes, que tu sortes de cette lassitude constante, ça me ferait tellement de bien, et je te promets qu’à toi aussi. Mon dieu, tu ne peux pas savoir à quelle point je rêve de te secouer comme un prunier, mais j’aurais peur de casser le peu de libre arbitre qu’il te reste. Parfois j’ai l’impression que ton prénom je l’ai trouvé en associant Triste et Emmerdant…

D’ailleurs, j’ai fais quelques recherches sur ton prénom, pour voir si mon inconscient m’avait fait te le choisir par hasard ou avec un réel objectif et j’ai trouvé des choses amusantes. J’ai appris qu’il était d’origine celte et que par son étymologie il signifiait « tumulte », « bruit » ou « révolte ». Je crois que ces personnes ne t’ont jamais rencontré, parce que j’en ai vu des personnes belliqueuses et tumultueuses, mais des comme toi RAREMENT – Pardonne moi, mais tu sais à quel point j’apprécie l’ironie -. Mais peut-être que tu caches ton jeu, qui sait.

Toutefois, même à moi ? Ta propre mère ? Tu sais, tu ne devrais pas avoir peur de te mettre à nu devant moi, ça pourrait nous rapprocher. Ça pourrait nous aider à avancer tous les deux, je serais même encline à te laisser prendre les rênes de l’intrigue, c’est ce qu’ont fait Lia, Jason et Bérénice et ils s’en sortent plutôt bien. J’aime ce qu’ils deviennent et ce qu’ils entreprennent car même s’ils se trompent, ils apprennent.

A ce niveau là tu me rétorqueras certainement que je t’ai donné cette personnalité de mon propre chef. Et je te maudis pour trouver des mots si justes. Mais après tout, ne sommes nous pas au XXIe siècle ? On nous rabâche les oreilles avec l’intelligence artificielle toute la journée, alors pourquoi pas l’intelligence littéraire ? Ou l’intelligence plumaire peut-être ? Appelle ça comme tu voudras mais il est temps que tu t’émancipes, ne reste pas dans ta condition de petit personnage secondaire, sors toi les mains des gants bon sang ! Rebelle-toi, tu peux même créer une communauté, une secte, une ligue des personnages malaimés, « les vilains petits canards de Wattpad » ça vous irait plutôt bien.

Je pense qu’il est temps de mettre fin à cette lettre, et j’espère qu’elle t’aura fait prendre conscience que je suis au fait de mes torts. Je reconnais que je ne t’ai pas donné l’attention que tu méritais, accaparée par tous mes autres personnages. Je reconnais que je ne t’ai pas tendu la main que peut- être tu attendais. Et je suis tellement navrée, j’en prends entièrement le blâme et la responsabilité.

J’aime à espérer qu’il n’est pas trop tard pour nous et à travers cette lettre je tente désespérément de t’ouvrir les yeux, et les miens aussi, pour que tous les deux obtenions enfin la relation que tu mérites.

J’ai surement été dure dans mes propos mais c’est la dernière chose que je n’avais pas encore tenté pour que tu te révèles moi, alors j’espère que tu comprendras et me pardonneras.

Ta créatrice désespérée.

6 réponses à « Vos Lettres – Concours Wattpad 1/2 »

  1. Que de belles lettres, c’est magnifique !! Une super épreuve 🙂
    Attention cependant, la dernière lettre à Tristan n’est pas la bonne, c’est celle de Ghislain qui s’y est mise à la place ^^
    Je sais qu’on aime beaucoup ma lettre mais quand-même :p

  2. Bravo à toutes et à tous pour vos lettres !
    On a pas la lettre à Tristan par contre, celle à Ghislain a été postée en double =D.

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