Vos Lettres – Concours Wattpad 2/2


Concours / dimanche, juin 17th, 2018

On se retrouve pour la deuxième et dernière partie des lettres des candidats sélectionnés pour notre concours Wattpad ! Merci à tous de votre participation et félicitations aux sélectionnés !

Chère Rose,

Tu dois forcément deviner qui je suis. Mon nom sur l’enveloppe et ma manière de tracer les mots sur le papier doivent forcément t’être familiers, d’une façon ou d’une autre. Après tout, je suis celle qui t’a créée. Personne d’autre que toi, mon personnage, ne peut comprendre aussi bien ce que j’écris, ce que je vis, ce que je ressens. Dans cette lettre, j’ai donc décidé de te faire part du fond de ma pensée, avec sincérité. Toi à qui j’ai donné la vie sans demander la permission, en inventant ton nom de toutes pièces, toi à qui j’ai infligé certaines de mes souffrances naissantes, j’espère que tu pourras me pardonner, ou simplement me comprendre.

L’idée, celle qui est à l’origine de ta création, m’est venue simplement. Après tout, ce n’est pas comme si tu étais compliquée, avec ton caractère de cochon, ton sarcasme bien placé et cette bête infâme qui ronge l’intérieur de ton cœur. Tu l’admets toi-même, tu n’es pas une gentille petite fille normale. Tu as beau être éprouvée par la vie, tu sais ce que tu désires. La plupart du temps, tu obtiens ce que tu souhaites, justement ! Tu es rongée de l’intérieur, Rose, par cette chose que tu as nommée Cerbère et qui t’ôte la vie à petit feu, mais tu es déterminée, même si tu ne le réalises pas toujours. Malheureusement pour toi, tu es bornée et tes envies se retournent contre toi. Tu voulais des amis, tu as fait fuir ceux qui t’entouraient. Tu étais décidée à courir, mais tu n’as jamais pu réaliser ce rêve. Tu souhaitais vivre, mais tu n’en as jamais eu l’occasion. Cela en est presque drôle, d’une certaine manière…

Tu vas sûrement dire que tout ce qui t’arrive est de ma faute, parce que je suis celle qui t’a donné naissance. Pourtant, je ne suis pas méchante. Certes, tu ne possèdes pas une vie facile, mais tu n’es pas la seule. Ne va pas me faire des reproches que je ne mérite pas ! Je t’ai peut-être créé un passé difficile qui ne mène à aucun futur, mais ce n’est pas pour cela que tu n’en auras pas un. Je sens d’ici l’air de dégoût qui se dessinera sur ton visage pâle en lisant cette lettre. Tu vas sûrement te dire que j’aurais pu te façonner différemment, pour que tu sois plus normale. Et bien, non. Il y a toujours des moments où l’on n’obtient jamais tout ce que l’on veut, que cela te plaise ou non. Mais je sais que tu t’en sortiras, car tu es courageuse.

Tu te bats, et même quand tu crois avoir perdu espoir, tu te relèves toujours. Parfois, quand on pense que tout cela va s’arrêter, que Cerbère va finir par te foudroyer, tu reviens, plus forte que jamais. C’est l’une des plus belles choses chez toi et l’une des plus tristes, car même moi, qui suis à l’origine de l’intrigue et qui en écris la suite, je ne suis pas certaine que le dénouement de ton histoire sera heureux. Je voulais simplement que tu saches ceci, Rose : je suis attachée à toi. J’ai beau avoir écrit plusieurs histoires et inventé un nombre considérable de protagonistes, tu es un personnage particulier pour moi. Je n’aurais jamais pensé pouvoir croire une chose pareille, mais tu fais ma fierté. Je pensais donner naissance à une héroïne faible et fébrile, mais tu es devenue, par toi-même, une jeune fille forte et courageuse. Certains écrivains sont fiers d’eux-mêmes, car ils ont créé des personnages magnifiques et incroyablement réalistes, mais moi, je suis bel et bien fière de toi, de la personne que tu es devenue, seule, sans mon aide. J’ai beau écrire les lignes, tu fais vivre le reste de mon texte. Tu ne le rends que plus beau, car tu as fini par prendre vie.

Si un jour tu venais à disparaître, emportée dans un tourbillon de mots violents, l’histoire ne serait plus la même. Si par malheur, Cerbère engloutissait ton cœur, il mettrait fin à cette épopée magique que j’ai imaginée et que tu as continuée.

On pourrait dire que c’est moi qui choisis, que je fais vivre ma plume, que la suite ne dépend que de mon désir personnel, mais cela est faux. J’avoue que, malgré tout, ce qui t’arrive est un peu de ma faute. J’en suis désolée, Rose. Je n’ai jamais voulu te faire souffrir.

Mais n’oublie pas que la suite dépend également de toi, justement. Peut-être que cela te semblera risible, mais je ne suis pas seule à choisir ce qu’il adviendra. Tout n’est pas encore écrit.

Tout dépend de nous deux.

 

                                                         Celle qui t’a imaginée.

À Noah,

Quelque part dans l’Enceinte.

Hey Noah ! Mon petit pote, comment tu vas ? Question stupide, pardon, je le sais très bien…

Je traînais tranquillement sur mon canapé et j’ai pensé à toi. Maintenant que tu voyages aux quatre coins de l’Enceinte, difficile de se croiser pour siroter un mojito ! J’attend tous les jours une petite carte postale dans ma boite aux lettres, avec une photo de tes pieds dessus, tout le monde fait ça, je te jure ! Tes panards au dessus de l’abîme du fossé, ça en jetterait grave, tu peux me croire !

Noah, mon petit pote… Parfois je me dis que j’ai de la chance… Une chance inouïe que tu ne te rendes pas compte de mon existence. Tu ne sais même pas qui je suis et pourtant je t’écris comme si on était les meilleurs poteaux au monde ! Pourtant, on en a vécue des choses ! Des événements horribles et douloureux que tu aurais sûrement préféré éviter.

Mon ami. Pardonne-moi.

C’est de ma faute, tu sais ? Ma faute si tu es né si lâche et que tu te retrouves aujourd’hui balloté et poursuivis par les enfers eux-mêmes. Ma faute si tu es devenu cet être craintif qui dois pourtant assumer seul tout ce que je lui fais subir, ainsi que tout ce qu’il adviendra…

Car ton cauchemar est loin d’être terminé Noah ! Mon petit préféré. Moi seul sait ce qu’il se passera et, pour ce futur dont tu ignores les contours, je te présente toutes mes excuses.

J’espère sincèrement que sauras faire preuve de clémence à mon égard. Tout ça n’a rien de personnel, je te le jure ! Je ne suis pas une personne sadique et sans cœur, tu dois me croire !

Si je le fais, c’est à cause de tous ces gens ! Toutes celles et ceux qui espionnent vos vies sans aucune pudeur, c’est pour eux que j’écris, pour eux que j’invente. Et ils ont besoin de cette souffrance Noah ! Ils veulent que le drame s’abatte sur vous ! Tout le monde prétend espérer que l’histoire se finira pour le mieux, mais c’est faux ! Des gens doivent souffrir, des héros doivent mourir, autrement ces gens n’observeraient plus ce petit univers et vous cesseriez tout bonnement d’exister !

Regarde ce qu’ils ont fais de moi ces égoïstes sans scrupule et sans coeur, est-ce que tu peux comprendre ça Noah ?!

Il m’a fallut faire un choix, Noah, mon petit héros. Et je t’ai choisi toi pour assumer ce rôle.

Sache que, peu importe ce qu’il adviendra, ton âme subsistera pour toujours dans ma mémoire.

À jamais avec toi mon pote.

Jérémia

Mon cher Jin,

J’ai le droit à une seule chance, une seule lettre pour t’exprimer ce que je ressens à chaque fois que j’écris à ton sujet. Grâce à l’un de mes amis qui voyage entre les mondes et les écrits, nous avons la possibilité de nous parler à travers ces mots. Tu ne sais certainement pas qui je suis mais ce n’est pas un problème, écoute ce que j’ai à te dire et ne t’inquiète pas du reste.

J’ai commencé ton histoire par ta noyade, la douleur et l’horreur de ce tragique accident. La déception, la colère, le tourment qui t’animaient me semblaient bien plus que réels. Chaque seconde que je passais devant mon écran, je les vivais aussi ardemment que toi, je n’avais plus de souffle, plus de vie, j’étais démunie de mes fonctions premières. J’étais à tes côtés.

Je me suis longuement demandée ce qui t’était arrivé, j’avais le même sentiment de terreur que ta sœur, Hélène, avec qui j’ai passé des moments tout aussi difficiles. J’ai longuement hésité quant au sort qui allait t’être réservé, puis j’ai compris ! Tu es un personnage avec un potentiel extrême, tu as un rôle clef dans mon intrigue, tu es celui que le lecteur voit le moins et qui, pourtant, occupe toutes ses pensées. Que lui est-il arrivé ? Où est-il ? Est-il encore vivant ? Des questions qui resteront longtemps sans réponses.

Au fur et à mesure que je t’ai fait évoluer, j’ai ressenti une sympathie particulièrement puissante à ton égard. Je m’en voulais de t’avoir fait vivre un tel supplice, d’avoir créé en toi un trou béant par l’absence de ton père puis la perte précipitée de ta mère. Je sais que tu n’as pas eu le droit de grandir, pas eu le droit d’évoluer comme un jeune homme de ton âge. Dix-neuf ans et déjà pirate, déjà éloigné de tes racines et de tes proches.

Je suis à l’origine de ton malheur car, avant de penser à toi et ton bonheur, j’ai pensé à l’intérêt du lecteur. Lire les exploits d’un personnage pour qui la vie est un enchevêtrement de joie et de satisfaction n’est en rien divertissant. Il fallait créer un trouble, faire vivre au spectateur des émotions, de la tristesse ou de la colère. J’ai fait passer cette ambiance sombre au détriment de ta nature enjouée. Pardonne-moi, pardonne-moi d’avoir voulu créer une histoire qui fasse voyager, une histoire transportant dans un monde où tu es en grand danger.

Mais je ne suis pas la seule responsable ! Tu aurais pu te manifester ! Tu aurais dû bouger tes fesses pour m’avertir que mes idées devenaient une torture pour toi ! Une visite dans l’un de mes rêves ! Quelques mots auraient suffi ! Un seul « non » de ta part et j’aurais tout changé ! A croire que tu es un peu masochiste ! J’en ai fait des choses pour lesquelles tu aurais pu te révolter ! On dirait un mollusque tant tu es inactif ! Non mais sérieusement ! Qui trouve ça normal d’avoir un tel prénom !? Qui se laisse marcher dessus au point d’en perdre sa dignité !?

Jin ! A une lettre près tu portais le nom d’un alcool ! En plus, tu es un pirate au grand coeur ! C’est le comble ! Dans l’équipage ils ont dû te faire vivre un enfer !

Ces feignasses alcoolisées du matin au soir, ils n’en ont pas raté une pour te lyncher ! Mais toi tu ne dis rien, tu restes calme… Un vrai pot de fleur ! Une vieille déco toute fripée !

Tu rêves de l’océan nuit et jour alors que tu as faillis te faire bouffer par le Kraken ! Quelle personne saine d’esprit retournerait en mer après avoir été attaquée par une pieuvre gigantesque et maléfique ?! Il n’y a que toi ! Espèce de grand malade ! D’autant plus que tu aurais pu rester avec ta grande sœur, elle t’aurait protégé avec ses pouvoirs ! Et tu ne serais pas tombé à l’eau aussi bêtement ! Non mais franchement… Emporté par une petite vaguelette et ça se dit pirate !

Et puis, tu aurais pu trouver mieux comme équipage ! Entre le capitaine qui s’est, soi-disant, éborgné en ouvrant une bouteille de rhum et qui a un égo surdimensionné ! Le second qui se trimballe avec un piaf si discret qu’on ne sait pas qu’il existe ! Un gros lourdaud qui n’a jamais rien dit d’intelligent dans sa vie ! Un vieux boiteux qui ne sait pas aligner deux mots sans les mâcher tant il est saoul ! Un gamin surnommé « fillette » parce qu’il est plus féminin et sexy que ta sœur !

J’ai beau te maltraiter, je sais que tu es bien plus qu’un simple pirate raté !

Tu es Jin, le frère cadet d’Hélène, le jeune mousse qui rêve de devenir capitaine, le fier garçon qui a bravé l’interdit pour savourer l’océan. Celui qui va au bout de ses convictions, celui qui nourrit ses paroles d’ambition, celui qui remplit mon récit d’émotions.

Merci d’accepter mes caprices, de subir le sort que je te réserve sans te révolter, merci d’être un personnage si conciliant. Même si tu n’es qu’une farandole de mots, pour moi, tu restes l’une de mes plus belles créations.

Ton auteure, Babyblue.

Ps: Ne montre pas cette lettre aux autres personnages, ils risquent d’être jaloux et de venir se plaindre. John se plaint déjà de son oeil en moins et Ferp de son accent bizarre…

Mercredi 30 mai 2018, 22 :12.

À Louis,

Louis, Louis, Louis. Depuis combien de temps ai-je ce prénom en tête, tournant en rond comme un vautour au milieu de mes pensées emmêlées d’étudiante ? Trois ans. Eh oui, mon petit Lou, cela fait trois ans que tu partages ma vie.

Je me souviens encore de la façon dont tout a commencé, et surtout dont tout a fini. Notre première rencontre, au détour d’un ouvrage de psychologie, au moment où j’allais entrer en seconde. J’ai été immédiatement charmée par ta complexité, j’ai tout de suite eu envie de te donner vie, mais je dois dire que j’ai très vite déchanté. On ne se connaissait pas assez bien, toi et moi, et Dieu seul sait à quel point tu refusais de t’ouvrir à moi. Tu restais là, fermé comme une huître, muet comme une carpe, ne me laissant accès qu’à la surface cet immense iceberg que tu étais. Non, je n’ai pas honte de te le dire aujourd’hui, tu as été insupportable durant ces premiers mois d’écriture. Tu sais à quel point Alogie est importante pour moi, et me donner autant de fil à retordre pour mon premier projet… Tu le faisais exprès, c’était évident. Tu m’as mise à l’épreuve, et moi, lâchement, j’ai abandonné. J’ai abandonné à cause de ton caractère, de tes défauts, de ton silence. Un silence qui se répercutait sur les pages blanches que j’avais sous les yeux, ces pages blanches qui me mettaient hors de moi. Tu ne t’es jamais mis à la portée de la jeune adolescente que j’étais, tu n’as jamais fait d’efforts. Tu étais exécrable. Tu m’as refusé l’accès à tes pensées, et moi, face à mon ordinateur, je n’en pouvais plus. Tes enfantillages m’exaspéraient au plus haut point. À vingt-sept ans, tu semblais en avoir quatre à peine, cinq tout au plus. Un personnage puéril, fade et sans intérêt, voilà ce que tu étais. J’ai fini par jeter l’éponge, fatiguée de devoir me battre à longueur de temps pour que tu t’ouvres à moi. Le masque de fer inexpressif que tu portais en permanence a eu raison de mon courage.

Mais après être partie, sache que tu n’es pas sorti de ma tête une seule fois. C’est même moi qui suis revenue vers toi quelques mois plus tard, les autres personnages peuvent en témoigner. Oui, je suis revenue vers toi, car le défi que tu t’es plu à me tendre me plaisait à moi aussi. J’ai voulu de nouveau me confronter à toi, dénouer plus en profondeur les fils de ta personnalité. Je suis revenue, et nous avons tout recommencé à zéro comme si nous venions juste de nous rencontrer. Mais encore une fois, cela n’a pas été suffisant. Oh, si seulement tu savais à quel point je m’en veux de t’avoir laissé une seconde fois ! Tu étais seul, et moi, j’en ai eu assez. Je n’arrivais plus à continuer, encore une fois. J’ai tout laissé en plan juste au moment où tu commençais enfin à accepter ma présence, à te plier à ce que j’attendais de toi. Je t’en supplie, Louis, je ne te demande pas de me pardonner, mais essaie au moins de me comprendre. Tu ressemblais beaucoup trop à l’homme qui t’a donné naissance, ce chanteur britannique pour pré-adolescents dont les chansons ont rythmé mes soirées de collégienne. Tu me rappelais constamment cette image de groupie immature dont je voulais me détacher à tout prix. J’espère que tu me pardonneras d’être partie comme une voleuse sans te donner d’explications.

Le pire, dans tout cela, c’est de t’avoir oublié. Pendant près d’un an, je crois, je t’avais complètement oublié ; et je n’en suis pas fière, crois-moi. Te souviens-tu de nos retrouvailles ? Au hasard, dans un dossier perdu, au fond des entrailles de mon ordinateur. Tu étais toujours le même garçon au cœur grand mais torturé que j’avais laissé derrière moi. Tu m’as charmée de nouveau, et j’ai su que cette fois serait la bonne. Je me suis lancée corps et âme dans ton sillage, et encore une fois tu as été désagréable. Mais je n’ai pas lâché l’affaire. Te rends-tu compte que je tiens à toi comme à la prunelle de mes yeux ? Je te voulais en sécurité entre mes doigts, je voulais être certaine que ta vie dans cet hôpital se passe au mieux. Et le miracle s’est produit. J’ai réussi à te dompter. Mot après mot, phrase après phrase, ta carapace s’est fissurée, dévoilant cette personnalité si complexe et singulière que tu livres aujourd’hui à nos lecteurs. Vraiment, nous en avons vécu des choses ensemble. Peine, joie, je partageais ta vie dans les moindres détails. Je pensais constamment à toi – ne prends pas mal cette conjugaison à l’imparfait, je pense que jamais aucun personnage ne pourra te détrôner.

Et puis est venu ce fameux jour, le vingt-sept avril dernier. Ce point final à notre histoire commune. Le point final de cette existence virtuelle que tu vivais dans mon esprit. J’aimerais savoir ce que tu as ressenti ce jour-là, toi. Cela t’a-t-il fait du mal ? Ou au contraire t’es-tu senti, comme moi, libéré ? Une chose est sûre, tu as dû rire aux larmes en me voyant me dandiner de joie devant mon ordinateur. Je me suis mise à danser, à pleurer. Je devais avoir une tête de déterrée, avec mon chignon défait et des cernes aussi sombres que tes pensées : si le ridicule tuait, je serais probablement morte ce soir-là. Mais bizarrement, avec toi, je n’avais pas honte de danser comme un dindon au milieu de ma chambre.

Enfin ! Je vais arrêter là cette lettre, qui j’espère par un moyen ou un autre te parviendra. Je suis incroyablement fière de toi, Louis – et je sais à quel point tu as besoin d’entendre ces paroles. Je suis fière de toi. Je suis fière de tout le chemin que nous avons parcouru ensemble. Je suis fière de nous.

Merci pour tout. Je ne t’oublierai pas.

Anaïs.

Noah,

 

Si je t’écris cette lettre en plein milieu d’une nuit sans lune et pluvieuse, emmitouflée dans une vielle couverture telle une grand-mère octogénaire, c’est que j’ai un million, un milliard même, de choses à te dire.

Toute cette encrée, toutes ces phrases alambiquées sont pour toi. Il faut dire aussi, qu’en tant que personnage de papier, je n’ai guère la possibilité de te contacter. Seulement, comme tu peux tout à fait t’en rendre compte, je te fais cette missive. Ironie du sort, sans aucun doute. Je sais, malgré tout, que tu ne manqueras pas d’y jeter un coup d’œil. Je sais parfaitement ta (mauvaise) manie de fouiller dans le courrier (je te connais comme si je t’avais faite). Ainsi, j’en suis certaine, l’enveloppe écarlate renfermant ce bout de feuille ne manquera pas d’attirer ton regard émeraude.

Mais trêve de bavardages. J’ai bien trop de choses à t’avouer pour me permettre d’écrire une longue et fastidieuse introduction. Et puis, il serait tout de même bête que tu t’étouffes sous ce paragraphe – ça risquerait de mettre en péril mon histoire en cours.

Enfin. Je dois bien avouer que je ne sais pas par quoi commencer. Peut-être serait-ce plus simple si je te contais le début, la naissance même des Lions, et donc la tienne ?

Je me souviens parfaitement de la façon dont tu es venu à moi. Comme si c’était hier.

Je venais de finir un merveilleux livre, ce genre de bouquin qui tient en haleine et qui, au fond, ne devrait jamais se terminer. J’étais étendue dans mon lit, façon étoile de mer ou cachalot – je ne sais plus. J’attendais. Quoi ? Je n’en sais trop rien. Peut-être l’arrivée du Père Noël en slip ou bien ma rencontre avec la Reine d’Angleterre en pantoufles roses. Je me sentais comme un légume. J’étais l’un de ces brocolis flasque qu’on sert dans les cantines scolaires. Rien de bien reluisant, donc. La vision même de cette scène peu honorable me fait d’ailleurs frissonner, tant je devais avoir l’air médiocre. Et puis, il y avait cette odeur de poisson – du saumon très précisément – qui traînait encore dans la maison et qui ajoutait un aspect très particulier à mon état végétatif.

C’est à ce moment-là que tu m’es apparu. D’un claquement de doigt. C’est comme si Archimède était sorti de sa baignoire, nu comme un ver, pour venir me crier un Eurêka ! tonitruant à l’oreille.

Alors, me diras-tu, ceci est complètement absurde. Ça l’est d’ailleurs sans aucun doute. Pourtant, c’est bel et bien la réalité si on omet mon imagination débordante et le fait qu’Archimède doit maintenant être très ridé – et potentiellement porter des couches vu son âge bien avancé.

Mais (Hélas !), par la suite, la situation a pris un tournant complètement différent et inattendu. Mon humour et ma joie ont pris leurs valises et sont partis sous les tropiques – sans moi, évidemment, le billet d’avion étant trop cher pour mon budget serré. La gravité et la dure réalité les ont remplacés apportant avec elles une pluie diluvienne. Et comme par hasard, j’avais oublié de prévoir mon parapluie et mon anorak.

Au fur et à mesure que je te modifiais, te modelais et remodelais dans mon esprit, tu as changé. Ton caractère et ton âme nue se sont transformés. La pénombre a empli ton cœur et la souffrance a pris la place des rires et des sourires joyeux.

Bien que ce ne soit pas entièrement de ma faute – j’ai toujours aimé les personnages tourmentés et les histoires torturées – je voudrais te présenter mes plus plates et sincères excuses. Après tout, je suis sans aucun doute celle qui te fait le plus de mal. Alors, je t’en prie, pardonne-moi. Pour tout ce que je te fais subir, pour la douleur qui habite en toi et te ronge, heure après heure, jour après jour. Je veux que tu m’excuses pour ce changement soudain de situation qui a engendré ton esprit abîmé. Laisse-moi te dire pardon pour t’avoir fait ainsi. Noir et à fleur de peau.

Mais, que veux-tu ? La vie est cruelle parfois, elle n’est faite que de vagues écumeuses qui se fracassent contre les rochers.

Alors, est-ce de ma faute, si mon existence et le monde me pousse à te dépeindre ainsi ? J’aurais tellement voulu que tu sois coloré et non pas gris terne ! J’aurais tellement voulu que tu sois rempli de bonheur ! J’aurais tellement voulu que ta vie se fasse sous un soleil constant et non pas dans la tempête et l’orage ! Mais c’est impossible. Je ne peux me le permettre. Le monde tourne bien trop à l’envers à mes yeux pour que je puisse écrire des histoires à l’eau de rose où on fond d’amour et où l’on rit à gorge déployée. Je me dois de le décrire ainsi. Vacillant, chancelant. Comme toi. Comme moi. En équilibre. Un pied dans la réalité, l’autre dans le rêve et le déni.

Comprends-tu donc ? Je t’ai fait à l’image de ces gens qui tanguent, qui se noient, qui se meurent.

Saisis-tu la violence de mes paroles, mon agressivité palpable, mon mal être profond bien loin de l’humour employé au début ? Le vois-tu, tout ceci ? Le sens-tu ? Ce n’est qu’un concours de circonstance tout ça, juste une mauvaise blague du sort.

Tu es toi car le monde va mal. Tu es son reflet miroitant au même titre que les autres personnages qui t’accompagnent. Tu es un ouragan constant, une braise incandescente, un océan de violence et de souffrance. Juste ça, et rien d’autre.

Cependant, je crois bien que je ne t’oublierais jamais. Je pense même que tu as pris vie dans tous les cris du vent, dans les échos des vagues. Ma plume t’a peint, mon état d’esprit a fait le reste. A jamais tu resteras à mes côtés. Toujours dans mes pas, gravé dans mes pensées.

Tu seras toujours au bord du gouffre. Il y aura toujours de l’obscurité en toi. Tu fumeras toujours cigarette sur cigarette. Tu seras toujours plein de cicatrices.

C’est ainsi que je t’ai fait. Sans humour, sans bonheur. Juste avec mes tripes – et avec l’aide d’Archimède et sa baignoire.

Il n’y a que ça qui compte.

Seulement, sache que j’ai semé – sans que tu ne t’en aperçoives – une graine d’amour dans une étroite partie de ton crâne. L’espoir ne sait jamais vraiment mourir, tu sais. La flamme ne s’éteint jamais vraiment – sauf si on souffle malencontreusement dessus, évidemment. Garde-le en tête. C’est tout ce que je te demande. Il y a toujours de la lumière dans le noir à qui sait la trouver…

Enfin. Je vais devoir conclure. Je n’ai presque plus d’encre, la place commence à manquer.

Embrasse Jamie de ma part. Essaye de ne pas trop la faire souffrir, en passant.

Bien à toi, mille gouttes d’encre,

Celle qui rêva pour te créer.

 

P.S. : N’oublie pas ceci : les happy ends, ça n’existe pas. Il n’y a que des mélodrames et des tragédies. On ne cesse jamais de s’écorcher les genoux et de pleurer.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *