Le coup de coeur de la deuxième épreuve


Concours, Coup de Coeur / jeudi, juin 28th, 2018

Durant la deuxième épreuve, (ici pour retrouver les modalités) nous avons été agréablement surpris au cours d’une lecture. Le texte dépassait nos attentes, et a été un coup de coeur pour nos quatre jurés. Nous avons donc décidé de vous la partager ! Il s’agit de celle de ManonLgd, sur son œuvre En attendant, je vis.

Bonne découverte !

 

Comme à notre habitude, Liz et moi nous retrouvons cette après-midi au Bryant Park. Nous ne sommes ensemble que depuis quelques semaines – ou peut-être même un mois, ou deux, je n’en sais rien – et ce rituel s’est déjà installé entre nous. Et Dieu sait à quel point je déteste la routine ! En tout cas, si c’est toujours elle qui est à l’initiative de nos retrouvailles, aujourd’hui, c’est différent. Oui, pour la première fois, c’est moi qui lui ai proposé cette sortie, et ce, dans un but très précis. Mais elle ne sait pas que j’ai une idée bien particulière en tête. Et, j’en suis sûr, elle ne va pas être déçue du voyage !

C’est tranquillement donc, dans le milieu de l’après-midi, que je sors de chez moi en ne prenant pas la peine de fermer la porte à clé, ce qui fait immédiatement brailler ma sœur. Déjà sorti de la maison, je lui crie qu’elle n’a qu’à le faire. Et puis, je n’ai pas envie de m’encombrer de ce trousseau de clés qui déformerait mon jean tout neuf.

J’arrive rapidement au point de rendez-vous où Liz est déjà là, à m’attendre, assise calmement sur le banc, là-bas. Lorsqu’elle m’aperçoit, elle me lance « Oh je commençais à m’inquiéter que tu ne sois pas encore là », la voix tremblante tout en se redressant vivement sur ses jambes que sa mini jupe dénude. Cette vue me procure un frisson de chaleur. Celui du désir.

[affilinet_performance_ad size=216×36]

[affilinet_performance_ad size=120×600]

« Tu entends ce que je te dis ? » renchérit-elle, me sortant de force de mes pensées obscènes.

[affilinet_performance_ad size=300×250]

Pourquoi faut-il toujours qu’elle la ramène quand ça devient intéressant ? Et visiblement, elle n’est pas si détendue que je le croyais. Cela me prouve, une fois encore, que je ne la connais pas si bien que ça. Quel genre de petit ami est incapable de dire quel sentiment habite sa copine ? Moi, c’est certain. D’autres ? Je n’en sais rien et je m’en fiche. Ce que font les autres m’importe peu, contrairement à Liz qui se plait à me comparer sans cesse : « pourquoi tu ne me dis pas que tu m’aimes, comme les autres ? », ou encore « pourquoi tu ne me fais pas de câlin, comme les autres ? » Sauf qu’elle est précisément tombée sous mon charme parce que j’étais différent de ces pédérastes, de ces espèces de bobo-romantico-pleurnicheurs, parce que je n’étais justement pas comme eux.

Elle continue de me fixer à tel point qu’on dirait qu’elle attend quelque chose de moi. Elle ne voudrait quand-même pas que je m’excuse de mon retard ? Elle me connaît depuis le temps ! Et puis, il faut bien avouer qu’elle n’a pas grand chose à faire de ses journées, contrairement à moi qui aie un emploi du temps assez chargé. Un planning de mecs, quoi ! Mais attention, cela n’a rien à voir avec du sexisme, c’est seulement un constat.

En tout cas, si elle commence à pinailler alors que je viens à peine d’arriver, l’après-midi s’annonce joyeuse. Je décide alors de détendre l’atmosphère.

« Allez chérie, ça va, je suis là maintenant, dédramatisé-je en passant mon bras autour de son cou. Viens, on va marcher un peu. »

Je l’entraîne avec moi, je la guide, et comme toujours, elle me suit, sans broncher. Je crois qu’elle adore ça finalement, même si, parfois, elle me dit qu’elle aimerait pouvoir prendre quelques décisions au sein de notre couple. Elle est toujours obligée d’utiliser les grands mots, mais je crois simplement que je suis plus entreprenant qu’elle, c’est tout. Et puis, après tout, si elle n’était pas d’accord avec moi, elle montrerait son opposition.

Nous poursuivons notre promenade, en silence, son cou supportant toujours le poids de mon bras musclé qu’elle caresse de sa main si douce. Elle me jette quelques coups d’œil pour finalement poser son regard sur mes cheveux. Le soleil est au rendez- vous aujourd’hui et je sais qu’il met parfaitement en valeur le reflet chatoyant de ma crinière, celui qui l’a toujours fait fondre, elle et mêmes toutes les autres filles. En plus de ça, il suffit que je passe ma main à l’intérieur, et là, je la perds totalement. Je m’amuse tellement à la voir comme ça.

Nous marchons, encore et encore, sur l’herbe du Bryant Park. Ça devient pénible. Et terriblement long. Pour combler le vide sonore qui s’installe entre nous depuis un moment déjà, je détaille tout ce que je perçois de mon environnement. Pour le regarder vraiment, pour une fois, et pas seulement le voir. Je prends conscience que l’herbe est extrêmement verte. Sans doute bien entretenue par des mecs mal payés. Tout comme les grands arbres qui entourent le parc et qui, je dois bien l’avouer, sont assez jolis. En levant les yeux vers eux, je m’aperçois que le ciel s’est entièrement découvert, les nuages de la matinée ont laissé place à ce bleu azurin, si léger et parfait. Lorsque Liz s’aperçoit que mon regard divague, elle me demande ce qui attire autant mon attention. Mais je botte en touche, j’ai tout sauf l’envie de lui parler. Qu’elle me laisse un peu de répit ! Qu’elle me laisse me reconnecter avec la nature ! J’ai remarqué qu’il n’y a que quand je prête attention à ce qui m’entoure que des pensées perverses n’envahissent pas mon esprit. Pendant ce temps, il se purifie quelque peu. Si elle savait, elle me laisserait un peu plus tranquille.

Nous marchons encore et nous approchons du carrousel. Il est toujours aussi bruyant, et ça, c’est à cause des gamins. Je ne comprendrai jamais les parents qui s’extasient devant eux alors qu’ils nous cassent les oreilles à longueur de journées. C’est vrai quoi, où que nous allions, il y a toujours un enfant qui crie ou qui pleure. Mes yeux se posent malencontreusement sur Liz qui semble, elle aussi, émerveillée par ces petits êtres que je trouve insupportables. Nous sommes tellement différents.

Nous atteignons à présent la fontaine qui, si elle n’est pas si belle, est bien utile quand il fait chaud comme aujourd’hui. Liz me demande si nous pouvons nous asseoir sur le bord quelques minutes. J’adore quand elle attend mon approbation pour quelque chose d’aussi futile. Je l’entraîne alors vers ce point d’eau qui nous rafraîchit sans même y plonger nos mains. Le vent faible suffit à envoyer quelques gouttes d’eau sur nos visages. Lorsque je m’assois, je sens l’humidité sous mes fesses, même à travers ce jean. Voyant Liz toucher le liquide avec timidité, me vient l’idée de l’arroser, moi. Ni une ni deux, ma main gauche fait déjà valser cette eau froide vers elle. Elle lâche un petit cri de surprise à son contact, mais affiche aussitôt ce sourire qui montre qu’elle ne m’en veut pas. Et je souris moi aussi car, comme on dit, « femme qui rit, à moitié dans ton lit ». Pourtant, je vais devoir faire une croix sur d’autres nuits avec elle. Mais c’est comme ça, je connaissais la règle du jeu depuis le début. La règle de mon jeu. Et elle, la pauvre, elle joue sans même le savoir. Mais là, la seule chose que je vois à cet instant, c’est son tee- shirt blanc qui, grâce à l’eau, devient légèrement transparent et qui fait ressortir son corps toujours très étriqué à l’intérieur des vêtements qu’elle porte. Je regarde ses formes magnifiques, si généreuses. J’observe ses jambes si fines et élégantes. Et une fois encore, ce désir primitif surgit en moi.

Maintenant, il me faut briser ce silence si ennuyeux et présent depuis bien trop longtemps, surtout pour moi qui suis si impatient. Je lui parle alors de « L’Écume des jours » de Boris Vian, ma fameuse lecture du moment. J’invente, bien évident. Et je le fais parce je sais que c’est une œuvre que les femmes apprécient, surtout Liz. Et j’espère pouvoir la faire tomber un peu plus sous mon charme en jouant la carte du littéraire qui se régale devant une œuvre appartenant à ce courant trop méconnu et déprécié qu’est le surréalisme : ça me donne un côté mystérieux. Et ça marche, car, immédiatement, son regard et son visage tout entier s’illuminent. Elle me parle de Chloé, de son nénuphar, des paupières en biseaux de Colin. Blablabla. Je n’y comprends strictement rien, mais j’ai la capacité à pouvoir contrôler parfaitement ce que je laisse transparaître. Elle ne perçoit donc rien. Elle ne se rend même pas compte que je réponds des généralités pour ne pas me faire démasquer. La naïve.

Après ce petit interlude, je dois bien me rendre à l’évidence : je n’ai rien à lui dire. Mais je ne dois pas perdre de vue mon objectif. Pour autant, je sais pertinemment que je vais devoir écourter cette journée si je ne veux pas mourir d’ennui.

« Merci pour cette balade mon chéri », s’exclame-t-elle en se levant toujours aussi subitement.

Je me lève à mon tour et me contente de lui répondre avec un sourire en coin, tout en l’entraînant vers un coin plus calme du parc. Une fois que nous sommes à l’abri des regards, exceptés ceux de quelques curieux, je l’attrape fermement par le poignet. Elle s’arrête net et me fait face. Comme je ne dis rien, elle en profite pour me détailler longuement et me lâche un « Je t’aime » tellement sincère. Et, pour rendre la rupture encore plus douloureuse pour elle et plus jouissive pour moi, je l’embrasse langoureusement. Je plaque violemment ma bouche contre la sienne, la projette presque contre l’arbre gigantesque qui nous cache du soleil. Sous le mien, son corps tremble, chancelle, semble défaillir sous la tension érotique qu’il y a entre nous. J’adore sentir qu’elle perd le contrôle, qu’elle lâche prise complètement et qu’elle se livre à moi, comme elle le fait en ce moment. Pour un mec aussi tordu que moi, c’est complètement orgastique. Je prends un malin plaisir à jouer avec elle, avec ses sentiments, et surtout, à imaginer la brisure qui s’opérera entre ce qu’elle a toujours cru et la réalité. Je jouis déjà en pensant à son cœur blessé, brisé, bousillé au moment où elle comprendra mon petit jeu.

J’observe une dernière fois son visage. Je vois ses yeux briller, les commissures de ses lèvres remonter légèrement, son front sans aucun pli qui témoigne de sa détente absolue. Elle est si belle, me dis-je en caressant doucement sa joue.

Je m’approche d’elle et lui évoque notre dernière nuit, notre dernière caresse, notre dernier ébat amoureux. C’était il y a quelques jours, mais je peux sentir son envie, son besoin de recommencer. Encore une fois. Je le sens, je le sais.

Maintenant que je crois que je lui ai suffisamment fait croire que j’étais amoureux d’elle, il est temps. Ma main toujours posée sur son visage, je lui dis, simplement « J’ai le sida ».

Au moment même où ces quelques mots sortent de ma bouche, je suis empli de joie. Non, c’est bien plus que ça. C’est plutôt de la satisfaction, la sensation que j’ai réussi, enfin. En une fraction de secondes, je viens de détruire sa vie. Je me nourris de sa souffrance, de son désarroi, du brasier qui la consume. C’est si bon que je ferme les yeux pour savourer cet instant, sans me préoccuper des cris et des coups que me donne Liz.

Parce que, à cet instant, plus rien d’autre que cette fierté n’importe.

 

Vous pouvez retrouver toutes nos épreuves :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *