Comment réussir ses dialogues ?


Aide & Conseils / dimanche, août 26th, 2018

Au cours de nos Lectures-Critiques, nous avons pu constater qu’un certain nombre d’auteurs ne savait pas comment présenter, ni agencer les dialogues dans leur narration. Cet article a donc été pensé en fonction de la question : « Comment réussir ses dialogues ? ».

Le B.A-BA

Rappelons qu’un dialogue n’est pas qu’une simple prise de parole de l’un de vos personnages. Il s’agit également d’une pause dans la narration, qui peut parfaitement jouer sur le ton, le style et le rythme. Le dialogue peut tout à fait être en inéquation avec la narration de votre récit. À condition, bien sûr, que ce décalage soit pleinement justifié.

S’agissant d’une pause, il est également important que votre dialogue soit parfaitement dissociable de votre narration.

Attention toutefois à l’abus des dialogues dans un récit. Si en littérature, certains auteurs se sont amusés à faire disparaitre la narration au profit des dialogues, c’était pour une raison spécifique et justifiée. Eviter donc de polluer votre texte avec une abondance néfaste de dialogues qui n’aura que pour simple effet de démotiver vos lecteurs et de ralentir, paradoxalement, votre histoire.

Dans la suite de cet article, vous pourrez donc trouver les quelques éléments clés pour réussir vos dialogues.

Guillemets ou cadratins ?

Telle est la grande question…
Il existe deux cas de figure pour amorcer un dialogue. Et ces deux cas utilisent les guillemets pour l’un, les cadratins pour l’autre.

1er Cas : L’emploi des guillemets

C’est l’emploi qu’on apprend dès le collège et qui reste tout à fait correct ! La narration prépare le dialogue avec un verbe de parole antéposé, puis on balise avec  » : « , pour enfin ouvrir les guillemets et les refermer à la fin de la prise de parole.

Ex : Il lui dit :
« Oh chouette ! J’adore cette couleur ! »

ATTENTION, lorsqu’il s’agit d’un échange, les guillemets ne se ferment qu’à la toute fin du dialogue. Pour signaler le changement de locuteur, on balise avec un tiret cadratin.

Ex : Il lui demanda :
« Aimes-tu cette couleur ?
— Oui, bien sûr ! »

2e Cas : L’usage unique des cadratins

C’est l’autre façon de signaler votre dialogue, et elle ne repose que sur l’utilisation seule des tirets cadratins. Attention toutefois à ne pas confondre le demi-cadratin, « – », avec le cadratin, « — ».
Le principe de cette règle typographique est la même que la précédente, à ceci près qu’on supprime l’usage du guillemet, et que l’on remplace le guillemet ouvert par un cadratin.

Ex : Il lui demanda :
— Aimes-tu cette couleur ?
— Oui, bien sûr !

Si jamais, vous ne savez pas comment introduire un cadratin sur votre document, sachez que de façon général sous Word et sous Mac, un raccourci est déjà pré-enregistré en tapant un double tiret « –« . Si ce raccourci n’est pas paramétré, vous avez également la possibilité de le faire apparaître grâce au raccourci clavier suivant :
– « Alt + 0150 » pour le demi-cadratin (–)
– « Alt + 0151 » pour le cadratin (—)

Si nous vous présentons ces deux manières d’introduire un dialogue, sachez que seul le second cas est admis dans le milieu de l’édition. Et dans un sens, il reste quand même bien plus simple.

Incises et verbes de paroles

Pourquoi les utiliser ?

Il faut savoir que les verbes de paroles, qu’ils soient antéposés ou postposés au dialogue ou encore en incise, ne servent pas uniquement à introduire le dialogue en lui-même. Autrement dit, ce ne sont pas de simples balises supplémentaires qui s’ajoutent aux guillemets ou aux cadratins. Les verbes de paroles servent également à nuancer les propos de vos personnages et à donner plus de profondeur à leur émotion. Ils sont ici pour suggérer une façon que le locuteur a de s’exprimer.
Ex : pour montrer l’agacement ou l’énervement, tout comme la fatigue, vous pouvez utiliser le verbe « souffler » :  » — Tu m’agaces, souffla-t-il. »
Pour exprimer l’énervement, encore, la colère ou la peur, essayer plutôt le verbe « hurler » : « — Ce n’est pas moi le tueur, hurla-t-il. »

Il est impératif de varier vos verbes de parole, et délaisser sans remords l’éternel « dit-il« … Votre texte n’en sera que plus fluide et moins rébarbatif.
Par ailleurs, lorsque vous souhaitez illustrer une émotion vive et intense de votre personnage, réfléchissez au verbe de parole que vous allez employer et bannissez cette lourde faute typographique qui est d’écrire tout en majuscule (Ex. : « CE N’EST PAS MOI LE TUEUR ! dit-il. »).
Dans la même veine, abandonnez la répétition (ou le mélange) des ponctuations fortes du style : « ??? » ou « ?!?! ». Cet usage est considéré comme une grosse faute typographique également. Là encore, prenez le temps de sélectionner le verbe de parole qui conviendra parfaitement au ressenti de votre personnage. Ainsi le « — QUOI ??? Il a fait QUOI ?!?! » deviendra plus élégamment : « — Quoi ? Il a fait quoi ? s’étouffa-t-elle, abasourdie.« .

Comment les employer ?

Comme mentionné un peu plus haut, vous avez trois possibilités pour utiliser les verbes de paroles.

1) Soit de façon antéposée au dialogue, encore dans le corps de la narration.

Il s’agit alors de verbe introducteur au dialogue.
Il s’agira alors d’amorcer le dialogue en introduisant ce que votre personnage va dire par le verbe choisi, de signaler l’ouverture du dialogue par les deux points ( « : »), d’aller à la ligne avec un alinéa et de commencer le dialogue avec le cadratin (ou les guillemets…).
Ex : « Ils s’assirent tous les deux l’un à côté de l’autre. Intimidé, le jeune homme bégaya :
          — Je dois t’avouer un truc… Je t’aime !  »
Notez ici le choix du verbe bégayer pour souligner l’hésitation et le malaise.

2) En position finale de la prise de parole.

Le verbe de parole clôture la prise de parole du personnage, et peut se compléter avec des éléments supplémentaires pour davantage décrire le dialogue.
Attention ici, deux cas de figures se présentent à vous selon la modalité de votre phrase.

A) Phrase simple et canonique, se terminant de base par un point.
Dans ce cas présent, on ouvre le dialogue avec le cadratin, on enchaîne avec la prise de parole, et au lieu de mettre un point pour terminer la phrase, on place une virgule et on ajoute le verbe de parole et là, on clôture la phrase avec un point.
Ex : « — Il ne va pas tarder à faire nuit, avertit-il, inquiet. »
Vous remarquerez ici que le verbe de parole est suivi juste après d’un complément facultatif. Selon la longueur du complément, on le sépare ou non d’une virgule. Ce choix est en réalité à la libre appréciation de l’auteur.

B) Phrase interrogative, exclamative ou se terminant pas des points de suspension.
Ici, on ouvre le dialogue avec le cadratin, on donne la réplique du personnage avec la ponctuation forte en question et on enchaîne directement avec le verbe de parole (adjoint ou non d’un complément) avant de clôturer le dialogue par un point.
Ex : « — Vous avez compris ? gronda-t-elle, à bout de nerf. »

3) En incise.

Dernier cas de figure, vous choisissez de faire apparaître le verbe de parole en position d’incise en plein milieu de la réplique. Amorcez le dialogue avec le cadratin, commencez la prise de parole, placez une virgule pour spécifier le verbe de parole, clôturer la première phrase avec un point et enchainer le dialogue du même locuteur, sans ajouter d’autres verbes de parole.
Ex : « — Ce n’est pourtant pas compliqué, s’exaspéra-t-il. Il faut juste appuyer sur un bouton ! »

En maitrisant ces trois façons d’employer les verbes de paroles, libre à vous de dynamiser vos dialogues en évitant les tournures répétitives.
Attention toutefois, lorsqu’un long dialogue s’instaure dans votre texte, il n’est pas toujours nécessaire de placer un verbe de parole à chaque réplique. En effet, cela pourrait ralentir la dynamique de votre dialogue et alourdir vos enchaînements. À vous de trouver le juste équilibre ! Néanmoins, vous pouvez jouer sur les verbes de paroles pour que vos dialogues fassent écho entre eux.
Ex : « — Que veux-tu dîner ce soir ? lui demanda-t-il.
— Aucune idée… Je te laisse choisir, lui répondit-elle.
— Bon, et bien, ça sera pizzas ! »

Fautes à éviter et conseils

Veillez à rester cohérent dans les temps de vos verbes de parole. Si vous employez du passé dans votre narration, vos verbes de dialogue seront au passé simple. Si vous employez le présent, vos verbes resteront à ce temps.
Bien souvent, lorsqu’un auteur choisi d’écrire son texte au passé, mais à la première personne du singulier, il y a souvent confusion entre passé simple et imparfait dans les verbes de parole. Ex : « — Voilà, c’est fait ! je lui répliquais » (au lieu de répliquai). Pour chasser ce genre de fautes, établissez une substitution de personne pour vérifier le temps. Ex : « elle lui répliquait » ou « elle lui répliqua ». Comme le temps du récit est au passé, votre verbe de soit d’être au passé simple, donc c’est « elle lui répliqua », et donc il faut mettre « je lui répliquai« .

Tout comme votre intrigue, un dialogue se construit et possède sa propre valeur. Dites-vous bien que si vous décidez de faire parler un de vos personnages, c’est pour une bonne raison. Évitez donc les prises de parole inutiles et futiles qui ne font pas progresser votre récit.
Ex : « Je vis au loin ma meilleure amie Stéphanie. Je me dépêchai de la saluer :
— Salut, ça va ?
— Oui, ça va merci et toi ?
— Oui, ça va !
Et nous partîmes toutes les deux devant notre salle de cours. »
Ce passage est absolument inutile et n’apporte strictement rien à votre texte, à part l’alourdir de banalités… Préférez ainsi narrativiser ce bref échange plutôt que de le développer…

Cas du discours rapporté :
Si un personnage rapporte un discours autre, ou s’il réfléchit intérieurement sans divulguer ses pensées, la règle typographique veut que ce discours soit en italique.

Fautes récurrentes à oublier et à réparer :

– Interrompre une réplique d’un personnage avec un saut de ligne pour le reprendre immédiatement. Tant que la réplique n’est pas achevée, il est inutile de faire un saut de ligne !

– Poursuivre une narration sur le même plan qu’un dialogue, sans faire de saut de ligne. Comme introduit au début de l’article, le dialogue est une pause dans la narration. Il se doit d’être détaché !
Ex : « — J’adore l’idée ! s’exclama-t-il. Puis les trois amis repartirent vers le restaurant le plus proche en s’esclaffant comme des gosses de douze ans. »
À l’instant même où vous retournez à votre narration, fermez le dialogue par un point et allez à la ligne. Et ce, même si vous ne placez qu’une toute petite phrase de narration !
Attention également à ne pas trop étendre les compléments supplémentaires qui viennent enrichir le verbe de parole. Si le complément devient un peu trop long, c’est qu’il vaut mieux le balancer dans la partie narrative plutôt que de le garder dans la partie dialogue.

Un dialogue se construit comme vous construiriez votre narration. Permettant de faire une pause dans cette dernière, il est indispensable de soigner cette partie du récit pour ne pas ennuyer le lecteur. Des dialogues creux donnent plus envie de les zapper que de s’y intéresser. Prenez donc le temps de les dynamiser tout en respectant les quelques règles typographiques qui les régissent.

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4 réponses à « Comment réussir ses dialogues ? »

  1. J’avais déjà lu une partie de ces conseils sur le livre de critique de Wattpad, mais ça fait du bien de tout mettre à plat.

    J’ai pu, grâce au petit conseil de substituer la première par la troisième personne du singulier, corriger mes incises et les mettre au passé simple.

    Les petites règles de ponctuation ( pas de point avant l’incise notamment) m’aident beaucoup à rendre mon texte plus « lisible » .

    Merci encore et bonne continuation !

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