Comment maîtriser la ponctuation


Aide & Conseils, Écriture / dimanche, septembre 9th, 2018

L’équipe de La Plume Encrée vous l’avait promis, c’est maintenant chose faite ! Aujourd’hui, après toute une série d’articles sur la création d’un roman, nous vous proposons un article sur l’écriture un peu plus théorique : des pistes pour maîtriser la ponctuation.

Au cours de nos lectures, nous avons remarqué quelques maladresses ou mauvais emplois que font certains auteurs. Cet article aura donc pour but de vous aider à employer correctement les différents signes de ponctuation.

Petit rappel

Rappelez-vous cette fameuse phrase que vos professeurs en CP vous répétez : « Une phrase commence toujours par une majuscule et se termine par un point. »
Ça c’est fait ! C’était simple, on n’en parle plus. Mais faisons quand même, rapidement, un petit point sur les différentes ponctuations.

Pour être plus précis

En grammaire, la ponctuation est « le système des signes graphique qui contribuent à l’organisation d’un texte en apportant des indications prosodiques, marquant des rapports syntaxiques [ou sémantiques]* ».

Enfant, on a probablement dû vous simplifier la compréhension de la ponctuation en caricaturant l’explication ainsi : il existe les signes forts (le point [.], le point d’exclamation [!], le point d’interrogation [?] et les points de suspension […]) et les signes faibles (la virgule [,], le point-virgule [;] et les deux-points [:]). Ces deux catégories jouant sur leurs noms pour indiquer une pause plus ou moins longue, et les signes forts balisant la fin d’une phrase.

Nous sommes aux regrets de vous dire que ce n’est pas tout à fait vrai. Certes la variation des signes illustre une pause prosodique plus ou moins importante, mais les signes de ponctuation sont répartis suivant la classification suivante :

  • Les signes démarcatifs

Pour simplifier ce mot affreusement barbare, les signes de cette catégorie opèrent simplement un rôle de délimitation entre vos propositions.
On retrouvera dans cette catégorie : le point, le point-virgule et la virgule, ainsi que les points de suspension dans une sous-catégorie particulière.

  • Les signes à valeur sémantique et énonciatif

Ici aussi, un nom bien compliqué pour exprimer un fait plutôt simple : ils ont une fonction supplémentaire en plus d’avoir un rôle de balise syntaxique.
Sont répertoriés les deux-points, les points d’interrogation et d’exclamation, et, de façon plus inattendue : les guillemets, les parenthèses et les crochets, ainsi que le(s) tiret(s).

Bien, après cette petite précision culturelle, et si on passait au plus important ?

Comment bien employer chacun de ces signes ?

– Le Point

Le signe de base par excellence qui marque la fin d’une phrase affirmative ou négative. Rien de plus à dire, tout le monde le maîtrise sans problème !
Ceci étant dit, même s’il délimite la fin d’une phrase dite canonique (c’est-à-dire sans aucune modalité), le point peut également servir à créer des effets de rythme et de relief en séparant groupes nominaux, mettant en avant ainsi des phrases nominales ou averbales ?
Ex. : « Et là, ce fut le drame. L’horreur. Une violence sans nom. La fin de l’humanité. »

– Le Point-virgule

Pause intermédiaire entre le point et la virgule, il a en fait un rôle de point affaibli. On l’utilise pour séparer des propositions indépendantes, sans rapport de logique. Attention toutefois, il ne peut en aucun cas clore une phrase. Ce n’est pas un point !
Ex : « La mère est partie chercher des pomme ; la pluie faisait tempête. »
Dans le cas d’une énumération, il fait également office de virgule renforcée.
Ex : « Nous avons donc des pommes, des poires et des pêches ; des carottes, des poireaux et des champignons. »

– La Virgule

La définition la plus simple serait la suivante : « La virgule sépare des termes de fonctions différentes ».
Néanmoins, la virgule est le signe de ponctuation le plus complexe en littérature et en grammaire car elle revêt bon nombre de fonctions suivant son utilisation. Résumer ainsi toutes ses fonctions en un seul et unique paragraphe serait impossible. C’est pourquoi, la virgule aura le droit à un article complet et détaillé par la suite.

– Les Points de Suspension

Trois points qui se suivent et dont la graphie se veut particulière.
Ce signe marque la fin d’une phrase que l’on charge en sémantique de façon à faire comprendre une interruption, une hésitation, l’abandon d’un discours.
Ex. : « Je ne sais pas si… Oh et puis zut ! »

Les Deux-points

S’ils peuvent remplacer la virgule ou le point-virgule selon leur emploi, ils sont avant tout là pour faire émerger un rapport de logique entre ce qui précède et suit les deux-points.
Ex : « Elle hésitait, et pour cause : elle ne lui faisait plus confiance. »
Les deux-points servent aussi à baliser les citations et les discours rapportés.
Ex.1 : « Il lui dit :
            — Je ne sais pas moi… »
Ex.2 : « La définition est la suivante : (…). »

– Les Points d’exclamation et d’interrogation

Avec le point, ce sont les deux signes les plus simples et basiques à comprendre. Respectivement ils balisent la fin d’une phrase exclamative et interrogative. À noter que le champ sémantique du point d’exclamation est plus vaste que celui du point d’interrogation. En effet, le point d’exclamation porte sur plusieurs structures grammaticales comme l’interjection, l’apostrophe, l’injonction et toutes assertives que le narrateur veut doter d’une intonation affective, exclamative ou mélodique.

– Les Guillemets

Et oui, les guillemets font partie de la ponctuation.
Toujours doublés (et nous avons hélas pu voir sur certains textes la présence de guillemets ouverts et pas de guillemets fermés), ils encadrent les citations et les discours rapportés, mais peuvent aussi souligner l’emprunt d’un mot ou marquer une prise de distance avec le mot ou l’expression qu’ils balisent.
Ex.1 : « Il lui dit, je cite “Je vais te tuer !” ».
Ex.2 : Selon moi, il n’y a pas de « scandale ». C’est une affaire de point de vue.

A noter que selon les graphies et les polices, deux sortes de guillemets existent : les guillemets français [« … »] et les guillemets anglais [ ” ]. Notez les espaces obligatoires après l’ouverture du guillemet français et avant sa fermeture, non réciproque avec les guillemets anglais. Si votre traitement texte s’entête à vous imposer les guillemets anglais et si vous ne trouvez pas l’option pour les remplacer lar les français, un raccourci clavier existe pour les faire apparaître en quelques touches : Alt+0171 = [«] et « Alt+0187 » = [»].

– Les Parenthèses

Les parenthèses (ouvertes et fermées comme pour les guillemets) signalent… une parenthèse. Pour être plus précis, elles marquent l’insertion d’un élément détaché et isolé par rapport à la phrase de base. En général en littérature, les parenthèses servent à créer des incidentes : des portions de phrases indépendantes de la narration qui viennent néanmoins compléter ou commenter la prose du narrateur.
Ex. : « Il a tout avoué (enfin tout…). »

– Les Crochets

Les crochets (doublés eux-aussi) ont la même fonction que les parenthèses. Plus conventionnels, ils sont surtout utilisés dans des domaines spécifiques pour mettre en avant des termes non incidents mais apportant une information nécessaire au texte.
De façon générale, ce signe-ci n’est pas utilisé en littérature.

– Le Tiret et le Cadratin

Il peut avoir une double vocation.
Seul, et en qualité de cadratin [—], il introduit les dialogues et, à répétition, les changements de locuteurs.
Doublé, le tiret s’assimile aux parenthèses et sert à baliser les incidentes au sein d’une phrase. Attention toutefois, contrairement aux parenthèses, et en fonction de la place de l’incidente dans la phrase, le tiret n’est pas doublé. En effet, si l’incidente termine la phrase, le second tiret est supprimé au profit d’un point. Dans ce cas précis, le tiret tendant vers l’incidente, est plutôt perçu comme une virgule renforcée.
Ex.1 : « Il s’est exprimé en anglais – ou du moins il a essayé – pour se faire comprendre.
Ex.2 : « Il s’est exprimé en anglais – enfin je crois.

Quelques remarques ou précisions

La ponctuation a ces règles et, mine de rien, est indispensable dans la création d’un texte. N’oubliez pas qu’en plus de respecter des règles grammaticales, elle est également là pour créer des pauses prosodiques. Des pauses qui sont des plus importantes pour un lecteur.
Structurant d’un côté vos phrases et donc votre récit, elle contribue grandement à fluidifier vos écrits.
Le conseil du jour est donc le suivant : attention à ne pas sous-ponctuer vos textes ! En effet, un enchainement de mots sans ponctuation est tout bonnement une horreur à lire et une excellente technique pour faire fuir les lecteurs. Ceci étant dit, prenez garde à la réciproque : évitez tout autant la sur-ponctuation ! Elle n’apportera absolument rien à votre texte si ce n’est de perdre votre lecteur dans ce flot béant de virgules, deux-points, point-virgules et cie. À vous seul de trouver l’équilibre. Et pour ça, il faut maîtriser les différents signes de ponctuation…

Petite précision concernant la double ponctuation maintenant. Nous avons souvent rencontré pendant nos lectures des « ?? », des « !! », voire des « ?! » ou encore – summum de l’engouement pour la ponctuation – des « ??? » et des « !!! ».
Qu’on se le dise une bonne fois pour toute : ceci est une très grosse faute grammaticale ET typographique ! Fuyez ces dédoublements, la double ponctuation n’a jamais été admise. Prônez plutôt l’usage de verbes chargés en sémantique pour illustrer vos exclamations et vos surprises. Il n’y a pas d’autres remèdes, hélas.
Il en va de même pour la double ponctuation suivante : « …, » et sa cousine « ,… ». Comme nous vous l’avons expliqué plus haut, le point de suspension clôture une phrase comme le ferait un point. Inutile de le faire suivre d’une virgule. Réciproquement, une virgule sépare deux éléments fonctionnels. Pourquoi diantre l’affubler d’une telle suspension ?

Petite remarque à présent sur le fameux « etc ». Bien pratique lors des énumérations, son emploi est régi par une ponctuation précise. Point de suspension à lui donner, c’est un point basique qu’il réclame. Ainsi, nous attendrons dans un texte : « Il aime les pommes, les poires, les pêches, etc. » et non pas « (…) les pêches, *etc… ». En effet, les points de suspension couplés à l’abréviation etc. forment un renforcement inutile.

Vous l’aurez compris, la ponctuation possède une grammaire qu’il convient de respecter impérativement. À chaque signe son emploi, et vice versa. La clarté, la lisibilité et la fluidité de votre texte sont intimement liés à un bon usage de la ponctuation. Couplée à une structuration syntaxique respectable, la ponctuation est un atout pour une pleine compréhension de vos récits. Attention toutefois au piège de la sur-ponctuation décousue et autres fourberies qu’on serait tenté de faire en pensant embellir notre texte.

Le prochain article, comme évoqué plus haut, sera sur l’usage de la virgule.

Nous vous donnons alors rendez-vous dans deux semaines !

En attendant, retrouvez tous nos articles en « Aide & Conseils » :

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Les informations présentées ici dans cet article sont tirées en grande partie de la GMF : Grammaire Méthodique du Français, de Riegel, Pellat et Rioul.

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